Sauvegarde air-gap ou isolation réseau: quelle différence ?

Dernière mise à jour : novembre 2026
Temps de lecture : 8 minutes

Les offres de sauvegarde parlent volontiers de copie « isolée », « cloisonnée » ou « air-gappée ». Ces termes ne décrivent pas la même chose. Un air-gap (air gap backup en anglais) supprime le chemin réseau vers une copie de sauvegarde. L'isolation réseau, ou cloisonnement, restreint ce chemin sans le supprimer.

La différence compte surtout dans un scénario : un attaquant déjà présent sur votre système d'information, avec des accès valides, qui cherche à rendre vos sauvegardes inutilisables avant de chiffrer la production. Cette page complète notre guide complet sur la sauvegarde externalisée et se limite à cette distinction : ce que chaque approche apporte, ce qu'elle ne couvre pas et ce qu'il faut vérifier.

Points clés :

  • Un air-gap supprime tout chemin réseau vers la copie tant qu'elle est stockée. L'isolation réseau filtre ce chemin, qui reste ouvert au trafic autorisé.
  • Aucune des deux ne suffit seule : la protection dépend aussi des accès d'administration, de l'exploitation et des tests de restauration.
  • Le guide de l'ANSSI sur la sauvegarde recommande au moins une copie hors ligne. Ce guide n'a pas de valeur normative.
  • NIS2 ne fixe pas d'architecture de sauvegarde. DORA impose aux entités financières concernées de restaurer sur des systèmes physiquement et logiquement séparés du système source.

Air-gap : définition

Une sauvegarde air-gap est une copie qu'aucun réseau ne peut joindre pendant qu'elle est conservée. L'ANSSI parle de sauvegarde « hors ligne » : une sauvegarde sur un support déconnecté de tout système d'information.

Les formes courantes :

  • des bandes magnétiques éjectées de la librairie et rangées hors du site ou dans un coffre ;
  • des disques amovibles déconnectés après chaque cycle et conservés à part ;
  • un stockage dont la connexion n'est activée que pendant une fenêtre de copie, puis coupée (lien réseau ou alimentation).

Le dernier cas est souvent présenté comme un « air-gap logique » ou « temporisé ». Pendant la fenêtre de copie, la cible est joignable : l'air-gap n'existe qu'en dehors de cette fenêtre. Il faut donc savoir ce qui ouvre et ferme la connexion, et si ce mécanisme peut être piloté depuis la production.

Ce que l'air-gap couvre

Tant que la copie est déconnectée, un attaquant présent sur le réseau ne peut ni la supprimer ni la chiffrer à distance, même avec des identifiants d'administration.

Ce qu'il ne couvre pas

  • Des données déjà altérées ou chiffrées au moment de la copie : l'air-gap conserve fidèlement une copie corrompue.
  • Une compromission pendant la fenêtre de connexion, ou du mécanisme qui l'ouvre.
  • L'accès physique au support : vol, destruction, erreur de manipulation.
  • Un sinistre sur le site : si la copie déconnectée est conservée sur le même site que la production, un incendie ou une inondation peut atteindre les deux. Une copie hors site reste nécessaire, comme le prévoit la règle 3-2-1-1-0.
  • Le délai : récupérer, monter et relire des supports prend du temps. Ce délai doit rester compatible avec vos objectifs de reprise.

Isolation réseau (cloisonnement) : définition

L'isolation réseau place l'infrastructure de sauvegarde dans une zone séparée de la production : VLAN dédié, pare-feu internes, règles de filtrage, réseau d'administration distinct, compte ou tenant cloud séparé. Les zones restent connectées et seuls les flux autorisés passent.

C'est la base que l'ANSSI recommande pour l'infrastructure de sauvegarde elle-même : les serveurs de sauvegarde doivent être cloisonnés, au sein du SI d'administration ou au minimum dans une zone réseau distincte de la production.

Ce que l'isolation couvre

Elle limite la propagation automatique d'un logiciel malveillant, réduit la surface exposée et permet des sauvegardes fréquentes et des restaurations rapides.

Ce qu'elle ne couvre pas

Par construction, un chemin existe. Si un attaquant obtient des identifiants qui ouvrent ce chemin (compte d'administration de la sauvegarde, console, annuaire partagé avec la production) ou compromet un équipement de filtrage, il peut atteindre les sauvegardes. Le niveau de protection dépend alors de la séparation des comptes, de l'authentification multifacteur, des droits et de la journalisation au moins autant que de la topologie.

Un tenant cloud séparé, un compte distinct chez un fournisseur ou un VLAN dédié relèvent donc de l'isolation, pas de l'air-gap : la copie reste joignable par le réseau, même si l'accès est restreint.

Air-gap ou isolation réseau : comparaison

Critère
Air-gap
Isolation réseau
Chemin réseau vers la copie stockée
Aucun en dehors des fenêtres de copie
Oui, filtré
Attaquant disposant d'accès d'administration
Exposition réduite tant que la copie est déconnectée
Dépend de la séparation des comptes et des accès
Fréquence de sauvegarde et délai de restauration
Fréquence plus faible, restauration plus lente
Fréquence élevée, restauration plus rapide
Charge d'exploitation
Plus élevée (supports, rotation, procédures)
Plus faible
Risques résiduels
Copie déjà corrompue, fenêtre de connexion, accès physique
Identifiants compromis, erreur de règle, console exposée

Les deux approches se combinent. Dans une stratégie fondée sur la règle 3-2-1-1-0, une copie isolée sur le réseau sert aux restaurations courantes, une copie hors ligne ou immuable sert de dernier recours, et le « 0 » rappelle que ces copies doivent être vérifiées par des restaurations.

Air-gap et immuabilité : deux contrôles différents

Une sauvegarde immuable reste en ligne, mais ne peut être ni modifiée ni supprimée pendant sa durée de rétention. Elle répond au même risque que l'air-gap par un autre moyen : le verrouillage plutôt que la déconnexion.

Les deux ne sont pas équivalents. L'ANSSI considère qu'une solution de sauvegarde hors ligne reste plus robuste qu'une solution WORM en ligne. La solidité d'une copie immuable dépend notamment de la façon dont le verrou est géré et de qui peut modifier la rétention.

Ce qui décide vraiment de la protection

La topologie ne suffit pas à juger un dispositif. Quatre points pèsent au moins autant :

  • Accès : comptes d'administration de la sauvegarde séparés de l'annuaire de production, authentification multifacteur, peu d'administrateurs, journalisation des suppressions et des changements de rétention.
  • Exploitation : qui ouvre et ferme les fenêtres de connexion, qui manipule les supports, comment les anomalies remontent.
  • Restauration : procédure écrite, environnement de restauration sain, ordre de reprise des systèmes. En cas d'incident, l'ANSSI recommande d'isoler en priorité l'infrastructure de sauvegarde du reste du SI.
  • Tests : restaurations réelles et régulières, avec mesure des délais obtenus.

Le scénario d'attaque contre les sauvegardes et la conduite de la reprise sont traités dans notre guide ransomware et sauvegarde.

Questions à poser à un prestataire

  • Pendant le stockage, la copie de dernier recours est-elle joignable par un réseau ? Si oui, lequel et dans quelles conditions ?
  • Si la connexion est temporisée, qu'est-ce qui l'ouvre et la ferme, et ce mécanisme peut-il être piloté depuis la production ?
  • Les comptes qui administrent la sauvegarde sont-ils distincts de ceux de la production et protégés par authentification multifacteur ?
  • Un administrateur peut-il raccourcir une rétention ou supprimer une copie ? Avec quel contrôle ?
  • Quand a eu lieu le dernier test de restauration complet, sur quel périmètre et en combien de temps ?

Une réponse documentée vaut plus qu'un terme commercial : « isolé », « cloisonné » et « air-gap » doivent correspondre à une architecture décrite.

Ce que disent les textes

  • Guide ANSSI Sauvegarde des systèmes d'information, les fondamentaux (v1.1, novembre 2025) : il recommande la règle 3-2-1 avec une copie hors ligne et juge une sauvegarde hors ligne indispensable. Il demande aussi de cloisonner les serveurs de sauvegarde. Ses recommandations n'ont pas de caractère normatif, sauf disposition réglementaire contraire.
  • NIS2 (directive (UE) 2022/2555, article 21) : la gestion des sauvegardes et la reprise des activités figurent parmi les mesures de gestion des risques, qui doivent être appropriées et proportionnées. Le texte n'impose ni air-gap, ni topologie, ni fréquence.
  • ReCyF (ANSSI, version de travail 2.5 de mars 2026) : référentiel prévu par le projet de loi de transposition de NIS2, qui n'était pas adopté à la date de mise à jour de cette page. Il demande que les sauvegardes soient protégées d'un incident les rendant inexploitables, et cite le stockage hors ligne comme exemple face à un rançongiciel.
  • DORA (règlement (UE) 2022/2554, article 12) : les entités financières qui restaurent des sauvegardes sur leurs propres systèmes doivent utiliser des systèmes physiquement et logiquement séparés du système source. L'exigence porte sur les systèmes de restauration et concerne les entités financières, pas les autres entreprises.

Aucun de ces textes ne permet de dire qu'une architecture est conforme sur la seule base de sa topologie réseau.

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Questions fréquentes

Conclusion

L'air-gap retire le chemin réseau, l'isolation le contrôle. Le bon choix dépend du scénario à couvrir, du délai de reprise acceptable et de votre capacité à exploiter le dispositif dans la durée. Dans tous les cas, c'est un test de restauration qui montre ce que vaut l'architecture. Pour replacer ce choix dans l'ensemble des critères d'externalisation (périmètre, délais, accès, contrat), voir notre guide complet sur la sauvegarde externalisée.

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